ELSEVIER
The Journal of Heart and Lung Transplantation
http://www.jhltonline.org
Déclaration de la Société internationale de transplantation cardiaque et pulmonaire (ISHLT) sur l’éthique de la transplantation
Article original : https://doi.org/10.1016/j.healun.2022.05.012
Traduction par Dafoh-France
Martin Holm, MD, PhD,a,bSavitri Fedson, MD, MA,c,d Andrew Courtwright, MD, PhD,eAnne Olland, MD, PhD,f,gKelly Bryce, PhD,h,iManreet Kanwar, MD,jStuart Sweet, MD, PhD,kThomas Egan, MD, MSc,let le Dr Jacob Laveem
Du aDépartement de pneumologie, Hôpital universitaire d’Oslo, Norvège ; bInstitut de médecine clinique, Université d’Oslo, Norvège ; cBaylor College of Medicine, Houston, Texas, États-Unis ; dCentre médical Michael E. DeBakey VA, Houston, Texas, États-Unis ; eService de pneumologie et de soins intensifs, Hôpital de l’Université de Pennsylvanie, Pennsylvanie, États-Unis ; fService de chirurgie thoracique, Hôpitaux universitaires de Strasbourg, France ; gInserm UMR 1260 « Nanomédecine régénérative », Université de Strasbourg, France ; h Santé comportementale, Henry Ford Health System, 1 Ford Place, Detroit, Michigan, 48202, États-Unis ; i Institut de transplantation, Henry Ford Health System, 2799 W Grand Blvd, Detroit, Michigan, 48202, États-Unis ; j Institut cardiovasculaire, Allegheny Health Network, Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis ; k Division d’allergie, d’immunologie et de pneumologie pédiatriques, École de médecine de l’Université Washington à Saint-Louis, Saint-Louis, Missouri, États-Unis ; l Université de Caroline du Nord à Chapel Hill, Chapel Hill, Caroline du Nord, États-Unis ; et m Unité de transplantation cardiaque, Centre cardiothoracique Leviev, Centre médical Sheba, Faculté de médecine, Université de Tel-Aviv, Ramat Gan, Israël.
La transplantation d’organes thoraciques améliore la durée et la qualité de vie des patients atteints de maladies cardiaques ou pulmonaires graves grâce à un organe vital provenant d’un donneur. Il s’agit d’une entreprise à la fois médicale et sociétale, encadrée par des principes éthiques. Parmi ces principes figurent l’autonomie et le respect de la personne, l’utilité (qui inclut la bienfaisance et la non-malfaisance) et la justice (qui comprend une répartition équitable, l’accès équitable aux soins et les responsabilités légales). Ensemble, ces principes constituent un cadre général permettant d’appréhender les questions éthiques complexes soulevées par la transplantation d’organes thoraciques.
L’ISHLT souscrit aux points de vue décrits dans la Déclaration de l’Association médicale mondiale (AMM) sur le don d’organes et de tissus,1dans la déclaration de l’AMM sur les mesures de prévention et de lutte contre les crimes liés à la transplantation,2 et dans la Déclaration d’Istanbul.3,4
La transplantation n’est possible que grâce au don d’organes. Le principe éthique d’autonomie doit s’appliquer au donneur et se traduit par des efforts visant à optimiser la qualité du greffon et la survie du receveur. Cela inclut également la prise en compte des interventions pratiquées sur le donneur avant le prélèvement d’organes, ainsi que l’étude de la préservation et de la récupération du greffon.
Le don d’organes après le décès doit toujours être libre et éclairé. Le don d’organes d’un donneur vivant, comme une greffe de lobe pulmonaire, doit se faire de la même manière et avec un consentement éclairé. Afin de garantir le respect de ces principes, le processus de transplantation doit être transparent, encadré juridiquement et soumis à un contrôle national et international.
Le commerce d’organes, qu’ils proviennent de donneurs vivants ou décédés, est contraire à l’éthique et viole la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les membres de l’ISHLT doivent dissuader les patients de se faire transplanter dans les pays où la transplantation n’est pas soumise à un contrôle externe et où les normes éthiques requises par l’ISHLT ne peuvent être garanties, et cela indépendamment de toute contrepartie financière. Les membres de l’ISHLT devraient collaborer avec leurs gouvernements respectifs pour veiller à ce que le « tourisme de transplantation » contraire à ces principes éthiques soit rendu illégal.
Les prélèvements d’organes sur les corps de condamnés à mort contreviennent au principe du don volontaire. Les condamnés et leurs proches ne peuvent donner leur consentement librement.
Les membres de l’ISHLT ne doivent ni participer ni soutenir la transplantation d’organes provenant de prisonniers exécutés ni le commerce d’organes destinés à la transplantation.
Les membres de l’ISHLT devraient également s’abstenir d’enseigner délibérément aux médecins en visite l’art et la science de la transplantation cardiaque et pulmonaire s’ils ne peuvent s’assurer et garantir que les personnes à former n’utiliseront pas leurs nouvelles connaissances acquises pour des transplantations d’organes provenant de prisonniers exécutés ou pour tout autre crime lié à la transplantation.
Les membres de l’ISHLT qui effectuent des recherches médicales impliquant des sujets humains, y compris du matériel ou des données identifiables, doivent adhérer aux principes éthiques définis dans la Déclaration d’Helsinki.5 Les médecins doivent tenir compte des normes et standards éthiques, juridiques et réglementaires applicables à la recherche impliquant des sujets humains dans leur propre pays. Toutefois, aucune exigence éthique, juridique ou réglementaire nationale ou internationale ne devrait réduire ou supprimer les protections accordées aux sujets de recherche énoncés dans la présente Déclaration.6
La soumission de données cliniques relatives à la transplantation ou à l’utilisation de tissus humains en vue d’une présentation lors d’une réunion parrainée par l’ISHLT, au registre thoracique de l’ISHLT ou pour publication dans une revue parrainée par l’ISHLT, y compris le Journal of Heart and Lung Transplantation, signifie que l’auteur (les auteurs) adhèrent aux principes de la Déclaration de l’Association médicale mondiale sur le don d’organes et de tissus,1 la Déclaration d’Helsinki,5 et la Déclaration d’Istanbul et confirment que leur étude y est conforme.3,4 Ces affirmations sont requises au moment de la soumission et doivent être explicitement incluses dans toute présentation ou publication écrite.
Compte tenu de l’ensemble des preuves selon lesquelles le gouvernement de la République populaire de Chine est la seule à continuer de soutenir systématiquement les prélèvements d’organes ou de tissus sur des prisonniers exécutés, 7-10 les soumissions relatives à la transplantation et impliquant des organes ou des tissus provenant de donneurs humains en République populaire de Chine ne seront pas acceptées par l’ISHLT pour les raisons mentionnées ci-dessus. Cette politique, y compris la question de savoir si d’autres pays ont systématiquement recours à l’utilisation d’organes ou de tissus provenant de donneurs humains non consentants et devraient être soumis à cette restriction, sera réexaminée annuellement, sous réserve de la preuve, obtenue de manière indépendante, que ces pratiques ont cessé.
L’ISHLT estime qu’il devrait exister des politiques explicites, ouvertes à l’examen du public, régissant tous les aspects du don et de la transplantation d’organes et de tissus, y compris la gestion des listes d’attente pour les organes afin de garantir un accès équitable et approprié à la transplantation.
Version finale approuvée par le conseil d’administration de l’ISHLT le 26 avril 2022.
La déclaration de la Société internationale de transplantation cardiaque et pulmonaire sur l’éthique de la transplantation a été initialement approuvée par le conseil d’administration de l’ISHLT le 28 avril 2007. Cette déclaration a été mise à jour et approuvée par le conseil d’administration de l’ISHLT le 19 octobre 2014. La déclaration publiée ici a été mise à jour par le comité de l’ISHLT sur l’éthique de la transplantation et approuvée par le conseil d’administration le 26 avril 2022.
Références
1. WMA Statement on Organ and Tissue Donation Available at: https:// http://www.wma.net/policies-post/wma-statement-on-organ-and-tissuedonation. Accessed March 31, 2022.
2. WMA Statement on Measures for the Prevention and Fight Against Transplant-Related Crimes Available at: https://www.wma.net/policies-post/wma-statement-on-measures-for-the-prevention-and-fightagainst-transplant-related-crimes. Accessed July 17, 2022.
3. Steering Committee of the Istanbul Summit. Organ trafficking and transplant tourism and commercialism: the declaration of Istanbul. The Lancet 2008;372:5-6.
4. The Declaration of Istanbul on Organ Trafficking and Transplant Tourism [2018 Edition], Available at: https://www.notifylibrary.org/ sites/default/files/2018%20Declaration%20of%20Istanbul.pdf. Accessed March 31, 2022.
5. The Declaration of Helsinki. Available at: https://www.wma.net/policies-post/wma-declaration-of-helsinki-ethical-principles-for-medicalresearch-involving-human-subjects. Accessed December 1, 2021.
6. Danovitch DM. From Helsinki to Istanbul: what can the transplant community learn from experience in clinical research. Nephrol Dialysis Transplant 2008;23:1089-92.
7. Independent Tribunal into Forced Organ Harvesting from Prisoners of Conscience in China. Final judgment and report. Available at: https://chinatribunal.com/wp-content/uploads/2020/03/ChinaTribunal_ JUDGMENT_1stMarch_2020.pdf. Accessed July 17, 2022.
8. Robertson MP, Hinde RL, Lavee J. Analysis of official deceased organ donation data casts doubt on the credibility of China’s organ transplant reform. BMC Med Ethics 2019;20:79.
9. Sade RM, Carpenter AJ, D’Amico TA, et al. Unethical studies on transplantation in cardiothoracic surgery journals. Ann Thorac Surg 2021;112:1746-52.
10. Robertson MP, Lavee J. Execution by organ procurement: breaching the dead donor rule in China. Am J Transplant 2022;00:1-9.
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